Bien âpre constat pour débuter ce journal, j’ai perdu mon précédent carnet. Impossible de remettre la main dessus ! Distrait que je suis, j’ai dû le perdre à la taverne d’Alerysse où j’ai fait halte hier. Un destin bien sarcastique, car voilà des lustres que je m’échine péniblement à écrire presque chaque jour dans ce foutu carnet. Tout ça pour quoi ? Pour rien hormis peut être pour alimenter un des feux du tavernier… Ma foi, tant pis, je me contente de commencer ce journal, qui doit être bien content de sentir une plume lui chatouiller ses pages neuves, même si c’est pour se plaindre.

Si j’ai quitté si précipitamment cette auberge, c’est parce que je suis tombé sur une affiche de têtes mises à prix, celle des Jumeaux Mangarde. Deux gredins de voleurs qui sévissent dans une forêt non loin de Bounic, un petit village au sud, à un jour de cheval de là, qui était de toute façon sur mon chemin. La maigre récompense de leur capture s’en retrouvait véritablement gonflée si l’arrestation se faisait dans les trois prochains jours. Ni une ni deux, en tant qu’excellent chasseur de primes (n’ayons pas peur des mots, même écrits) et à la vue du fond de ma bourse vide, j’ai décidé de m’y atteler. Ainsi, j’ai offert mes services de protecteur à un commerçant dont la destination était cette fameuse bourgade et ai entrepris ce court voyage.

Une fois arrivé sur place, ce matin, les villageois cancaneurs du coin m’apprirent les embuscades des deux frères au même endroit de la forêt depuis quelques jours. Une erreur de banditisme de débutant qui me permettait de mettre en place un plan banal mais ingénieux. J’enrôlai alors l’un des babillards, un certain Brandon, pour me servir d’appât, ou plutôt, pour « m’aider à les capturer » comme je le lui ai dit, contre une petite partie de la récompense. Nous avons alors rassemblé nos maigres économies (bon certes, plus lui que moi), afin de constituer une jolie bourse qui distraira plus efficacement nos deux cibles.

J’écris ces mots alors qu’ils se préparent, lui et son cheval, à pénétrer sur le sentier piégé de la forêt. Je les suivrai de près, en toute discrétion, prêt à bondir sur ces forbans, appâtés par ces clinquantes pièces d’or. J’écrirais ce soir pour vous dire si tout s’est bien déroulé…


Écoutez l’épisode en lien avec ce journal : Ozion – Episode 1 – rencontre avec une Rose