Très cher monsieur Moundrel,

Je ne pensais pas avoir un jour à écrire ces mots. Ils m’affligent et j’imagine qu’ils ne seront pas faciles à lire pour vous… Mais je n’ai pas le choix.

Avant de vous expliquer, suivez bien cet avertissement : ne montrez jamais cette lettre ! N’avouez même jamais l’avoir lue. C’est pour que la discrétion soit absolue que je l’ai cachée dans votre livre de chevet.

Vous entendrez probablement des choses incroyables me concernant dans les prochains jours mais s’il vous plaît, fiez-vous à ma sincérité et aux mots qui vont suivre.

Hier, alors que j’empruntais la route qui traverse la forêt, j’ai croisé fortuitement un homme en armure portant en broche l’emblème qui me hante depuis l’enfance. Cette fameuse rose bleue sur son nid d’épines que je vous ai tant de fois décrite et que nous avons passé tant de temps à chercher ! Sans hésiter, je l’ai abordé afin d’assouvir ma curiosité.
Soudain, alors que j’engageais à peine la conversation, nous avons été attaqués par un dragon. Un dragon ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’une de ces créatures que personne n’a croisé depuis des centaines d’années, a surgit au détour de ce sentier, pour nous enlever cet homme mystérieux et moi !

J’ai pourtant lu dans de nombreux ouvrages, que ces magnifiques êtres sont dotés d’une grande intelligence et ne sont pas agressifs envers les hommes. Mais celui-ci était en proie à une colère démesurée… Il nous a entrainé dans son antre et a dévoré le malheureux dans un spectacle atroce, anéantissant par la même occasion, toute réponse qu’il aurait pu m’apporter… Mais ce n’est pas là le plus incroyable !

En effet, c’est un Illuminé (qui affirme ne pas l’être) qui m’a sauvé des griffes du dragon ! Et pas n’importe comment : avec sa magie ! Je n’en reviens toujours pas d’en avoir rencontré un.
Après avoir utilisé son don pour faire fuir le dragon, mon sauveur s’est évanoui. Il m’a fallu l’aide de Brandon et de son cheval pour le ramener au village.

Seulement, à son réveil, la situation m’a légèrement échappé… Je suis malheureusement trop prise par le temps pour tout vous conter et des rumeurs circuleront sans doute sur moi et cet inconnu. Mais je vous affirme et vous assure n’être coupable d’aucun crime. N’oubliez pas, vous êtes l’être le plus cher à mon cœur et je vous serais toujours reconnaissante.

En souhaitant de toute mon âme pouvoir vous revoir, ne doutez pas de mon affection,

                    Louise


Écoutez l’épisode en lien avec ce journal : Ozion – Episode 2 – Prémices Enneigées

Bien âpre constat pour débuter ce journal, j’ai perdu mon précédent carnet. Impossible de remettre la main dessus ! Distrait que je suis, j’ai dû le perdre à la taverne d’Alerysse où j’ai fait halte hier. Un destin bien sarcastique, car voilà des lustres que je m’échine péniblement à écrire presque chaque jour dans ce foutu carnet. Tout ça pour quoi ? Pour rien hormis peut être pour alimenter un des feux du tavernier… Ma foi, tant pis, je me contente de commencer ce journal, qui doit être bien content de sentir une plume lui chatouiller ses pages neuves, même si c’est pour se plaindre.

Si j’ai quitté si précipitamment cette auberge, c’est parce que je suis tombé sur une affiche de têtes mises à prix, celle des Jumeaux Mangarde. Deux gredins de voleurs qui sévissent dans une forêt non loin de Bounic, un petit village au sud, à un jour de cheval de là, qui était de toute façon sur mon chemin. La maigre récompense de leur capture s’en retrouvait véritablement gonflée si l’arrestation se faisait dans les trois prochains jours. Ni une ni deux, en tant qu’excellent chasseur de primes (n’ayons pas peur des mots, même écrits) et à la vue du fond de ma bourse vide, j’ai décidé de m’y atteler. Ainsi, j’ai offert mes services de protecteur à un commerçant dont la destination était cette fameuse bourgade et ai entrepris ce court voyage.

Une fois arrivé sur place, ce matin, les villageois cancaneurs du coin m’apprirent les embuscades des deux frères au même endroit de la forêt depuis quelques jours. Une erreur de banditisme de débutant qui me permettait de mettre en place un plan banal mais ingénieux. J’enrôlai alors l’un des babillards, un certain Brandon, pour me servir d’appât, ou plutôt, pour « m’aider à les capturer » comme je le lui ai dit, contre une petite partie de la récompense. Nous avons alors rassemblé nos maigres économies (bon certes, plus lui que moi), afin de constituer une jolie bourse qui distraira plus efficacement nos deux cibles.

J’écris ces mots alors qu’ils se préparent, lui et son cheval, à pénétrer sur le sentier piégé de la forêt. Je les suivrai de près, en toute discrétion, prêt à bondir sur ces forbans, appâtés par ces clinquantes pièces d’or. J’écrirais ce soir pour vous dire si tout s’est bien déroulé…


Écoutez l’épisode en lien avec ce journal : Ozion – Episode 1 – rencontre avec une Rose